Mardi 3 avril 2007
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19:02

"- Allo, Régis? Elle a l'air bien ta présentation, mais tu es sur que tu as assez de diapos?
- Oh ben large, surtout si je n'ai que 10 ou 12 minutes?
- Ah je t'ai pas dit?
- Quoi?
- Ben, t'as une demi-heure.
- Oh? En même temps, je suis toujours super long. Tout le monde dit que je parle trop."
Bon, je suis parti pour Tampa sur-preparé comme toujours. Arrivé à l'aéroport, je me suis rendu compte que je ne connaissais même pas mon code de carte bleue. Heureusement, Lor a foncé jusqu'à la maison et m'a téléphoné tout juste avant que je monte dans l'avion.
Connexion à Memphis.
Je déteste les aéroports mais j'aime bien les pistes d'atterrisage, ce premier contact avec l'étranger. Hamilton a ses milliers de dandelions (et donc de lapins), Berlin a ses milliers de lapins (et donc ses renards), Nairobi a ses zèbres, Khatanga a son patchwork de marais noirs, Osaka son nuage de pollution, Halifax ses airs de nouveau monde et Memphis Tennessee a ses nuances de vert. Les canadiens ont raison: à côté des Etats-uniens, ils ont l'air mince et malin. Tout est une question de referentiel. A peine arrivé, je repars.
Bientôt Tampa et ses plages vues de loin. Rien à dire sur la piste d'atterrissage: pas bon signe. La cité est à l'image: des grandes avenues avec personne et rien à y faire, des hôtels surpeints, des bars survides, l'ennui mortel. Heureusement, il y a la météo, et après l'hiver canadien, on oublie facilement ce que signifie 29 degrés Celsius. Tampa downtown, outre ses inévitables immeubles bancaires, c'est une espèce de ville fantôme où des voitures tres chères conduites par des dames très blondes naviguent entre des zones résidentielles avec barricade incorporée.
Sinon la conférence. Le biologiste moléculaire a les cheveux gris, le pantalon en toile clair et l'inévitable chemise bleue. Je suis surpris par l'absence totale de chercheurs en bermuda, mais c'est parce que je suis habitué à la faune des systématiciens qui boivent de la bière en faisant des blagues sur les longueurs de branches. En 2007, le biologiste moléculaire bouffe du génome au petit dej, des microarrays au déjeuner et se finit a la métabolomique. Je découvre et je ne l'envie pas vraiment.
A part ça, on me traite comme un ministre sous prétexte que j'ai un beau ruban à la miss France qui dit que je suis speaker invité. Les autres rubans rouges me lorgnent d'un sale oeil, parce que je n'ai même pas les cheveux gris, alors ils se demandent quel vrai speaker j'ai pu dépouiller pour en arriver là.
"- Dr. Dibroyne?
- Lui-même.
- Bonjour, je voulais vous prevenir que pour votre lecture, vous avez tout le temps que vous voulez.
- Une demi-heure?
- Oh plutôt quarante minutes. Minimum. Ca vous convient?"
Le pire, si vous saviez, le pire, c'est que j'avais oublié mon maillot de bain.
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